La chute de la livre turque jette un froid sur les marchés mondiaux

10/08/2018 20:46
Le plongeon de la livre turque à son plus bas niveau historique sur fond de crise diplomatique entre Ankara et Washington a secoué vendredi les principales Bourses et devises mondiales, suscitant les craintes d'une contagion à d'autres économies, notamment émergentes.
La livre turque a vécu une journée noire vendredi, aggravée par l'annonce du président américain Donald Trump d'une forte augmentation des taxes à l'importation sur l'acier et l'aluminium turcs: elle a perdu face au dollar jusqu'à près de 24% de sa valeur dans la journée (par rapport à jeudi à 21H00 GMT).
Depuis le début de l'année, sa valeur a fondu de près de 40% face à au billet vert et à l'euro.
Si la devise turque connaît une érosion inexorable depuis plusieurs années, l'hémorragie s'est accélérée ces derniers jours en raison de la grave crise diplomatique avec les Etats-Unis liée à la détention en Turquie d'un pasteur américain.
Devant cette déroute, le président Recep Tayyip Erdogan a appelé ses concitoyens à la "lutte nationale" en échangeant leurs devises étrangères pour soutenir leur monnaie, dénonçant une "guerre économique" contre la Turquie.
- Effet de contagion -
La crise turque a entraîné dans son sillage les principales Bourses européennes qui ont toutes clôturé dans le rouge, ainsi que Wall Street.
"La question est de savoir qui la Turquie va entraîner dans sa chute", a souligné Peter Cardillo de Spartan Capital qui s'inquiète notamment de la pression mise sur les banques européennes et la relative fragilité actuelle des économies italienne et espagnole.
"Il y a des craintes que les marchés européens soient plus exposés que prévu au choc turc", a observé pour sa part Jameel Ahmad, analyste pour FXTM. "La dernière fois que je me souviens d'une monnaie" qui a baissé de cette façon "au cours des dernières 24 heures, c'était fin 2014, lors de la crise du rouble russe", a encore commenté l'analyste.
A Paris, l'indice CAC 40 a lâché 1,59% vendredi, l'indice vedette FTSE-100 de la Bourse de Londres 0,97%, tandis que la Bourse de Francfort a cédé 1,99%.
Parmi les autres places européennes, la Bourse de Milan a perdu 2,51% et Madrid 1,56%. L'indice Eurostoxx a reculé de 1,94%.
L'onde de choc a aussi atteint Wall Street, dont l'indice vedette, le Dow Jones Industrial Average, a cédé 0,77%. Certaines grandes multinationales américaines comme Boeing ou Caterpillar ont particulièrement été touchées par la montée du dollar, qui rend plus chers les achats de produits américains à l'étranger.
La situation était tout aussi tendue sur le marché des changes, où l'euro a chuté à un plus bas en treize mois et s'échangeait vers 20H30 GMT à 1,1418 dollar contre 1,1527 dollar la veille.
Certaines devises de pays émergents souffraient également par rapport au dollar: vers 20H30 GMT, le peso argentin perdait près de 4%, le rand sud-africain 2,6% et le réal brésilien environ 1,5%.
-"Anecdotique"-
Mais pour Christopher Dembik, responsable de la recherche économique chez Saxo Banque, "il n'y a pas de risque systémique". "J'ai vu quelques commentaires soulignant que l'on commence à avoir aujourd'hui des tensions sur les monnaies émergentes, mais soyons francs: c'est anecdotique", a-t-il affirmé à l'AFP.
"La dynamique est propre à la Turquie", a jugé de son côté William De Vijlder, chef économiste chez BNP Paribas, interrogé par l'AFP. "Ici, c'est propre à un pays individuel, ce qui veut aussi que cela peut se calmer, pour autant que le pays finisse par prendre les mesures qui s'imposent".
Parmi les mesures qui pourraient soutenir l'économie turque, M. Dembik cite notamment "un appel au Fonds monétaire international" ou "le contrôle des capitaux", signalant que la dette extérieure du pays s'élève à 200 milliards de dollars.
Les conséquences économiques directes pour le reste du monde ne devraient pas être énormes, jugent aussi les économistes de Capital Economics. Mais cela "n'est guère surprenant étant donné qu'avec un produit intérieur brut d'environ 900 milliards de dollars, (la Turquie) ne représente qu'1% de l'économie mondiale".
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